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Pink Andre Saraiva Mr Andre Monsieur A - Street Art Paris

Interview avec Monsieur André Saraiva – Streetartparis.fr

Motif de personnage rose peint par un vandale graffiti parisien d’origine suédoise, lusophone, artiste fin, propriétaire de discothèque et hôtelier, André Saraiva alias Monsieur A..

Selon Olivier Zahms, éditeur de Purple Magazine, vous êtes made in France. Vos parents, après avoir fuit la dictature de l’Estado Novo d’António de Oliveira Salazar, sont allés en Suède en 1969 ou 1970 – et votre mère adorait Ingmar Bergman. Votre père a déserté l’armée portugaise, en vendant ses pistolets et son fusil pour pouvoir traverser la frontière et ils se sont retrouvés à Paris. Vous avez réalisé que vous avez été conçu rue Dupetit-Thouars et né à Uppsala. Cette petite ville suédoise, endormie, socialement progressiste, maison d’une des plus vieilles universités d’Europe – et un paradis pour les enfants – a été le lieu où vos parents ont continué à étudier. Vous étiez l’unique enfant de votre école qui avait les cheveux foncés et vous vous faisiez appelé svart khäli qui se traduit par « tête de nègre ». Pourtant, vous avez surtout des bons souvenirs de vos premières années en Suède, qui demeurent à l’origine de beaucoup de votre nourriture et goûts favoris, y compris les femmes blondes. Vos parents se sont séparés, votre mère est tombée amoureuse d’un homme français, et a déménagé en France en 1981. François Mitterrand a été élu président la même année. Vous aviez dix ans et vous viviez dans le Marais, un quartier de classe ouvrière à l’époque. Qu’est-ce qui vous a dirigé vers le graffiti au jeune âge de treize ans ?

Peindre dans la rue ? Je ne sais pas. Je ne me rappelle pas, mais je pense que ça devait être une sorte de rébellion, une pulsion. Il n’y avait pas de raison spécifique.

Andre Saraiva Mr Andre Monsieur A - Street Art Paris Andre Saraiva Mr Andre Monsieur A - Street Art Paris Zevs Andre Saraiva Mr Andre Monsieur A - Street Art ParisL’artiste pionnier parisien Zevs (en haut) partage le mur avec Monsieur A.

Street graffiti Andre Saraiva Mr Andre Monsieur A - Street Art Paris

Vous parliez portugais avec votre mère et durant votre jeunesse, parce que vous avez été élevé dans des lieux qui vous étiez soit en partie soit complètement étrangers, vous avez toujours expérimenté la vie comme un outsider. Cette altérité vous a fait continuer à vous battre et à chercher à gagner l’acceptation, une lutte plus visible en France qu’en Suède. Vous avez commencé à être attiré par ceux qui s’identifiaient aussi comme des marginaux : exilés, personnes déplacées, voyageurs, artistes, gens de la nuit. Vous avez découvert que ces marginaux avaient les personnalités les plus intéressantes. Vous avez appris à vous faire des amis et à vous montrer sincèrement curieux des autres. Votre père a quitté votre mère et vous vous souvenez de vos visites mutuelles pendant les vacances. Il était peintre. Votre mère gagnait sa vie en tant que traductrice et a également fait des ménages, en dernier recours, lorsque vous n’aviez plus assez d’argent. Elle a pris un travail dans une usine de tampons de caoutchouc pendant un temps et en ramenait parfois chez elle, des objets avec lesquels vous aimiez jouer. Vous avez toujours aimé le principe de reproduction. Dans le Marais, il y avait des gens qui faisaient des pochoirs. Cela vous a engagé à en faire vous aussi. En ce temps-là, vous viviez dans le 13ème arrondissement en dessous des grandes tours de Chinatown. Vous passiez des après-midis à sécher les cours et à peindre sur les murs des garages du quartier. Vous avez été pris en train de vous battre, de vendre du haschich à vos camarades, de distribuer des champignons magiques à toute la classe. Vous avez été exclu à maintes reprises. Vous avez commencé à peindre votre nom sur les murs, mais d’où est venu le personnage, Monsieur A ?

J’ai décidé d’essayer de m’exprimer à travers un personnage, un moyen de ne pas utiliser l’écriture, qui pouvait être compris de tous. Monsieur A est un motif universel. 

Krazy Kat George Herriman Andre Saraiva Mr Andre Monsieur A - Street Art ParisKrazy Kat était une bande dessinée de journal américain du dessinateur George Herriman, qui a été diffusée de 1913 à 1944.

charlie mensuel peanuts Andre Saraiva Mr Andre Monsieur A - Street Art ParisMagazine Charlie Mensuel en 1969, précurseur du magazine Charlie Hebdo.

Autour de l’âge de 15 ans, le graffiti est devenu plus sérieux pour vous et vous vous êtes intéressé à la scène underground de New York. Vous vous rappelez avoir vu des graffeurs à Paris, tels que Boxer et Bando. Vous pensez que Boxer a été assassiné. Il a été retrouvé dans la Seine. Beaucoup des premiers street artistes ont mal terminé, en prison ou assassiné. Vous avez fait des pochoirs, vous avez écrit sur les murs et maintenant vous commenciez à taguer. Vous aviez une règle selon laquelle vous feriez au moins dix tags par jour. Si vous tombiez malade, vous deviez rattrapper votre retard. Vous avez continué pendant quinze ans. Le premier graffiti que vous avez fait était le personnage Krazy Kat, une bande-dessinée américaine qui a été licenciée et publiée dans le Charlie Mensuel, précurseur du magazine Charlie Hebdo. Mais peu de temps après vous avez changé votre nom, pour André, ce qui résonnait français. Vous avez rejeté l’Anglicisation de la culture du graffiti. Vous adoriez la “francitude” du nom. Quand vous avez écrit André avec un accent aigu, d’autres graffeurs n’ont pas apprécié. Le gang avec lequel vous peigniez était appelé TVB [Tout Va Bien]. Ce style amusant et détendu était perçu par le noyau dur du graffiti comme une provocation. Vous taggiez TVB, alors que d’autres écrivaient NTM [Nique Ta Mère]. Que pensez-vous de la nouvelle génération du street art en France ?

Il y a beaucoup de bonnes choses. Je ne suis pas au courant de tout ce qui s’y passe comme je vis à New York, mais chaque fois que je vois des choses, je les trouve généralement intéressantes et le niveau est plutôt bon.

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Vous avez dû apprendre à courir très vite. Vous avez beaucoup aimé Londres dans les années 1980. Vous avez dit que les tagueurs anglais étaient des dégonflés, alors même que la police était courtoise. André était reconnaissable et en même temps plutôt drôle, parce que c’est un vieux prénom. A l’inverse, le monde parisien du graffiti était nouveau, mais aussi nouveau pour la police, qui venait tout juste de poursuivre les étudiants post’68 qui taguaient leurs slogans, tels que “Il est interdit d’interdire” ou “Sois Jeune et Tais Toi”. Vous ne faisiez pas de graffiti politique et vous n’aviez aucune ambition pour peindre des slogans libertariens. D’après Zahms, “Les années 1980 étaient le début de la fin de l’espoir politique et le véritable provocateur a été les tags de graffiti”. La police ne savait pas à qui elle avait à faire et cela a pris du temps avant l’introduction de lois répressives. Des brigades de police spéciales ont été formées pour combattre les graffeurs. Vous êtes passé plusieurs fois par la prison, mais cela n’a jamais duré très longtemps. Vous connaissez des personnes qui ont été en prison pendant des mois et qui ont reçu des amendes invraisemblables et sur qui on a enquêté comme s’ils étaient des terroristes. A Paris, la scène du graffiti était assez violente. C’était très clandestin et intense. C’était une des scènes les plus actives après celle de New York. Vous vous êtes fait tabassé des dizaines de fois. On vous a même pointé un pistolet sur la tête. En passant de l’écriture du monde d’André à la peinture de Monsieur A, vous avez été un des premiers artistes de graffiti à remplacer votre signature par un dessin. Space Invader, Banksy, Kaws, sont tous devenu célèbres après. Vous avez aussi accepté de vous faire voir à la télévision et photographier dans des magazines. Quand vous étiez encore jeune vous êtes apparu sur le programme télévisé Envoyé spécial. Vous disiez “Je ne fume pas, je ne bois pas; je tag”. Est-ce toujours votre seul vice ?

Oui, oui, toujours le même.

La Poste letterbox postbox mailbox Andre Saraiva Mr Andre Monsieur A - Street Art ParisBoîtes aux lettres peintes par M. A pour lesquelles il s’est enfui au Portugal pour éviter les poursuites et une amende d’un million de francs signalée que La Poste a souhaité le voir payer pour le vandalisme systématique de ses biens.

Figuration Libre Paris art Di Rosa boutique et galerie de l'Art Modeste, rue de PoitouDans la boutique et galerie de Di Rosa, L’Art Modeste, rue de Poitou en 1991.

Si l’on s’éloigne du tag, vous avez découvert l’art contemporain rue du Renard, à la Galerie Beaubourg, et dans une petite boutique appelée L’Art Modeste, fondée par les frères Di Rosa pendant la période dite de la Figuration Libre, qui vendait des objets de Di Rosa ainsi que de Keith Haring. Ce magasin vous a fait découvrir comment les marchandises, telles que les tee-shirts, les pins, les tote bags, pouvaient être des moyens d’expression  — et que cela ne valait pas moins qu’une peinture sur toile. Vous vous rappelez de votre premier tee-shirt signé par Keith Haring. Au début des années 2000, vous avez commencé à acquérir une reconnaissance considérable en tant qu’artiste. Vous avez commencé à faire des sculptures de Monsieur A influencées par le graffiti, la néo-pop, les bandes-dessinées et la science-fiction, mais aussi des artistes tels que Kenny Scharf, Hervé Di Rosa ou Keith Haring. Vous admiriez le new-yorker Futura, qui était à cette époque une star. Il était le monde du graffiti de Basquiat, où Basquiat lui-même avait été absorbé par le monde de l’art. Où se sont entrecroisés la scène du graffiti français et la peinture du groupe d’artistes dirigé par le mouvement de la Figuration Libre, qui comprenait Di Rosa, François Boisrond, Robert Combas, Les Musulmans Fumants, avec Tristam, les Frères Ripoulin, et Speedy Graphito. Vous avez une célèbre série de boîtes aux lettres françaises. Vous avez trouvé amusant de peindre quasiment toutes les boîtes aux lettres de Paris, ce qui a amené La Poste à tenter de vous faire arrêter et mettre en prison. Vous avez fuit Paris pour le Portugal pendant plusieurs mois pour éviter les problèmes. Vous étiez célèbre pour votre campagne, Love Graffiti. Vous en faites toujours ?

Oui, j’en ai fait un à l’étage en dessous, sur le magasin phare Levi’s, sur les Champs-Elysées. J’ai écrit le nom de la fille que j’aime, Annabelle. Mais si j’ai commencé à les faire c’était parce que, comme je n’étais pas très doué pour écrire des lettres d’amour, c’était un moyen de déclarer mes sentiments.

Love Graffiti Andre Saraiva Mr Andre Monsieur A - Street Art ParisLove Graffiti d’André Saraiva, où il peint le nom de sa petite amie à l’époque. Il accepte également des commandes, choisies parmi les lettres qu’il reçoit expliquant l’histoire de l’amour.

Disney Mickey Mouse Colette Andre Saraiva Mr Andre Monsieur A - Street Art ParisSculpture de Viagra Mickey, inspirée de l’emblématique souris asexuée de Disney du même nom. Disney a demandé à André de «réinventer» son personnage pour le 75e anniversaire du rongeur.

André crée un court-métrage pour sa collaboration avec la marque de mode française Sonia Rykiel.

Votre projet Love Graffiti, qui entre dans le moule de la théorie de l’art relationnel de Nicolas Bourriaud, vous voit remplacer votre nom pour celui de la fille dont vous êtes amoureux : Joséphine, Olympia, de copine en copine, Chloé, Uffie, Annabelle, et vous acceptez les commandes. Edouard Merino vous a invité à exposer l’idée à l’Air de Paris. Disney vous a demandé de créer un hommage à Mickey Mouse pour son 75ème anniversaire et vous a envoyé une sculpture en résine que vous avez réimaginé sous l’angle de la nouvelle drogue, le Viagra. Vous avez donné à Mickey une érection “magnifique, forte”, et vous l’avez exposé à la fenêtre d’une boutique, Colette. Disney a voulu enlever la sculpture mais vous avez refusé ils ont essayé de vous poursuivre en justice. Vous avez choisi de faire de la couleur rose un thème central dans votre travail, ce qui est rarement utilisé ou toléré dans la culture du graffiti. Vous avez trouvé que cette couleur attirait les femmes. Vous appréciez la fréquence de vibrations de cette couleur. C’est une couleur qui reflète la lumière et d’autres couleurs. Vous avez collaboré avec beaucoup de marques différentes, Orangina, des écharpes pour Louis Vuitton, des chaussures pour Converse, un film pour Sonia Rykiel, ce qui ne vous a pas posé de problème. Vous avez commencé par peindre sur des tee-shirts et par écrire sur le dos des vestes en jean, ce qui était aussi important que de peindre sur un mur ou de créer une fresque. C’était une forme d’art, d’avoir des personnes qui portaient votre travail, et qui le diffusaient en même temps. Ce qui était important était que davantage de personnes voient votre travail. Vous n’avez pas osé vous le faire tatouer, mais les personnes qui aiment Monsieur A se le sont fait tatouer. Sarah de la boutique Colette a eu un tatouage de Monsieur A, avant de trouver son mari. Et elle avait Kaws tatoué sur l’autre côté. Votre idée, comme tous les artistes qui viennent de la rue, est de toujours vous exprimer sur tous les types de support — des habits aux panneaux d’affichages, d’un mur dans la rue aux pages d’un magazine. En parlant de sentiments, vous voyagez beaucoup. Avez-vous un lieu favori, qui vous a donné une forte impression ou que vous aimeriez peindre ?

Il y aura toujours des endroits que j’aimerais peindre, mais comme j’ai déjà beaucoup voyagé j’ai peint dans quelques endroits originaux, même dangereux ou inaccessibles. Par exemple, dans une station de police il y a longtemps, sur des panneaux d’affichage à Los Angeles, sur l’équivalent des Champs-Elysées à Tokyo. Peindre dans ce genre de lieux dangereux et inaccessibles donne une telle quantité d’adrénaline, qui fait aussi partie de l’amusement dans le fait de peindre des graffitis en général.

Pioneer Plaques - NASA satellite mission Andre Saraiva Mr Andre Monsieur A - Street Art ParisDes plaques pionnières envoyées dans l’espace avec les premiers satellites juste en cas de contact avec la vie extraterrestre intelligente.

La première fois que vous vous êtes retrouvé dans une boite de nuit c’était aux Les Bains Douches, qui a fermé depuis et qui est maintenant devenu un hôtel, avec une plus petite boite de nuit au sous-sol. Vous aviez quinze ans, entouré d’adultes, de femmes, de célébrités qui s’adressaient à vous. Vous avez commencé à apprendre la mode, l’argent, l’ambition, l’échec, le monde du sexe. Vers le milieu des années 1990 vous avez inventé le personnage, Monsieur A, signifiant Monsieur André. Vous avez appris à dessiner votre personnage en seulement quelques traits, comme si vous écriviez, mais sans les lettres, et en faisant courir ce personnage, sauter, danser vous parliez à tout le monde – comme les dessins d’un homme et d’une femme sur la Plaque de Pioneer envoyés dans l’espace avec les premiers satellites pour communiquer avec la première vie extraterrestre intelligente qu’ils pourraient rencontrer. Vous avez peint le personnage de Mr. A dans la continuité du tag d’André, et il vous a immédiatement couronné de succès. Avec tous vos projets, boîtes de nuit, magasins, hôtels, trouvez-vous toujours le temps de peindre dans les rues ? 

Du temps pour peindre ? Oui plus que jamais. Les boîtes de nuit ont toujours fait partie du graffitisme nocturne, les boîtes de nuits font parties de mon univers. Après avoir peint et passé la nuit à écrire mon nom sur les murs, je finissais par dormir sur le canapé de la boîte, en attendant le premier métro. Les boîtes de nuit étaient plus ou moins ma deuxième maison.

Est-ce que Paris ne vous manque pas maintenant que vous vivez à New York? 

Si, mais j’y reviens souvent. Ma fille habite a Paris donc je vais lui rendre visite assez souvent. 

Live drawing Levi's Champs Elysees Andre Saraiva Mr Andre Monsieur A - Street Art Paris 

Levi's Champs Elysees Andre Saraiva Mr Andre Monsieur A - Street Art Paris 

andre saraiva monsieur A underdogs art gallery alexandre farto gallery lisbon - street art parisExposition du travail d’André à la galerie d’Alexandre Farto aka Vhils, Underdogs Gallery à Lisbonne.

Andre-Saraiva-Mr-A-Shibuya-Station-street-art-graffiti-japan-building-wall-painting-street-art-Andre Saraiva Mr Andre Monsieur A - Street Art ParisMonsieur A à Shibuya, Tokyo.

Inspiré, considérablement, d’un entretien d’Olivier Zahms publié sur purple.fr, et d’un entretien original de Street Art Paris de Dudy en 2012 au magasin phare Levi’s des Champs-Elysées à Paris, à l’occasion du lancement d’une marque avec Shepard Fairey.

Trouvez André sur son site, mrandre.com


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